Cyberattaques : les nouvelles tactiques des pirates
Les cyberattaques par prestataires tiers ne sont plus des incidents isolés, mais une tendance lourde dans le paysage numérique actuel. Les cybercriminels ont compris qu’attaquer de front une entreprise bien protégée n’est plus aussi rentable. Résultat : ils déplacent leurs offensives vers les maillons les plus vulnérables de la chaîne numérique – prestataires techniques, fournisseurs de services, solutions d’authentification, ou encore partenaires de relation client.
Dans cet article, nous décryptons cette évolution, illustrons les risques concrets et proposons des leviers pour renforcer collectivement la résilience.
Une nouvelle approche de la cybersécurité
Pendant longtemps, les pirates ciblaient directement les infrastructures et données internes des entreprises. Mais avec le renforcement des défenses – MFA (Multi-Factor Authentication), EDR (Endpoint Detection & Response), segmentation réseau, centres opérationnels de sécurité (SOC) – l’intrusion frontale devient plus complexe et coûteuse.
La conséquence est claire : les cyberattaquants se tournent vers les points d’accès indirects, souvent confiés à des prestataires externes. Ces « portes dérobées » sont moins visibles, mais tout aussi critiques pour la continuité des opérations.
L’exemple marquant du gaming : quand un fournisseur devient la cible
Un cas récent illustre parfaitement le problème. Une plateforme de distribution de jeux vidéo mondialement connue n’a pas été attaquée directement. C’est son fournisseur de MFA qui a été compromis par un groupe de hackers.
Le bilan est lourd : 89 millions de comptes potentiellement exposés.
En ciblant un acteur clé de la cybersécurité, les pirates ont :
- Accédé à grande échelle aux données
- Fragilisé la confiance dans les systèmes de protection
- Créé un effet boule de neige médiatique
Ce scénario rappelle qu’un partenaire, même spécialisé en sécurité, peut devenir une faille stratégique.
Les prestataires de relation client dans le viseur
Le phénomène dépasse le secteur du gaming. Ces derniers mois, plusieurs multinationales ont été victimes d’intrusions via leur prestataire de relation client.
Ces entreprises gèrent :
- De vastes volumes de données personnelles
- Des accès interconnectés avec les systèmes de leurs clients
- Des échanges quotidiens à haute sensibilité
Pour les cybercriminels, ces prestataires constituent une cible privilégiée : une fois infiltrés, ils offrent un accès privilégié à plusieurs entreprises clientes, parfois sans détection immédiate.
Pourquoi cette tactique est particulièrement redoutable
Les cyberattaques via la chaîne d’approvisionnement numérique présentent quatre caractéristiques majeures :
- Surface d’attaque élargie
Chaque partenaire devient un point d’entrée potentiel, même ceux qui semblent éloignés de votre cœur de métier. - Visibilité réduite
La surveillance des systèmes tiers est souvent limitée, voire inexistante. - Effet domino
Un prestataire compromis peut exposer des dizaines, voire des centaines de clients. - Impact réputationnel
Même si la faille vient d’un partenaire, c’est l’image de votre entreprise qui en pâtit.
“Too big to fail” ? Une illusion dangereuse
La chaîne numérique est composée d’acteurs de toutes tailles : certains sont de véritables géants mondiaux, considérés comme “too big to fail”, pour lesquels on ne remet presque jamais en question la robustesse des systèmes. À l’inverse, des prestataires à taille humaine sont scrutés, audités, challengés en permanence. Or, l’actualité nous rappelle que la taille n’immunise pas contre la faille.
Dans la réalité, chaque maillon doit être évalué avec le même niveau d’exigence, quelle que soit sa taille.
Comment renforcer la résilience collective
Pour se prémunir contre les cyberattaques via des prestataires tiers, il ne suffit plus de sécuriser son périmètre interne. La résilience doit être collective et intégrer l’ensemble de la chaîne numérique.
Voici quelques bonnes pratiques :
- Cartographier tous les partenaires et leurs interconnexions avec vos systèmes
- Auditer régulièrement les mesures de cybersécurité mises en place par chaque prestataire
- Contractualiser des obligations de sécurité claires et mesurables
- Tester les plans de réponse aux incidents avec l’ensemble de l’écosystème
- Partager la veille et les alertes cyber entre partenaires
L’importance d’une communication fluide avec ses partenaires
La cybersécurité ne se joue pas seulement dans les firewalls et les protocoles. La communication rapide et claire entre acteurs est essentielle pour réagir en cas de faille.
Mettre en place des canaux dédiés, des procédures d’alerte, et des points de contact identifiés peut faire la différence entre un incident maîtrisé et une crise majeure.
Conclusion – La chaîne est aussi solide que son maillon le plus faible
Les cyberattaques par prestataires tiers ne sont pas un phénomène passager. Elles s’inscrivent dans la durée et imposent un changement profond dans notre manière de penser la cybersécurité.
Protéger uniquement ses propres systèmes n’est plus suffisant : il faut protéger tout l’écosystème.
Votre organisation a-t-elle déjà audité la sécurité de tous ses partenaires ? La réponse pourrait bien déterminer votre résilience face à la prochaine attaque.